Coronavirus : Perte d'emploi pour les étrangers au Japon

#Société

La pandémie de nouveau coronavirus et la crise économique mondiale qui en a découlé ont détruit des millions d'emplois dans le monde. Mais quelle est la situation de l'emploi pour les étrangers résidant au Japon ?

Des emplois vulnérables

Les étrangers résidant au Japon - plus de 2.5 millions de personnes en 2019 - sont clairement en première ligne face à cette crise du coronavirus. ​La fragilité de l'emploi pour les étrangers au Japon tient au fait que nombre d'entre eux travaillent dans des secteurs qu'on pourrait qualifier de “risqués” : écoles de langue, industrie du tourisme, hôtellerie, restauration ou encore dans le commerce international pour les mieux placés. Beaucoup de ces emplois dépendent fortement du tourisme et du commerce extérieur. Mais avec les écoles fermées et les tourismes absents pendant des semaines, nombres de ces emplois dans les secteurs à risques ont bien entendu été les premiers à disparaitre.

Conséquence : les “​coupes corona​”, comme on les appelle, des mesures de licenciements de masse pour ajuster le marché de l'emploi à la crise, ont affecté principalement les travailleurs étrangers.

Dans la préfecture de Mie par exemple, dans la région du Kansai, entre mars et avril, sur 400 nouveaux chômeurs ayant déposé une demande de recherche d'emploi, 330 étaient des étrangers. Et pour nombres d'employeurs, ​les salariés étrangers sont clairement une variable d'ajustement​.

Déjà partout sur Internet, les témoignages de licenciements abusifs se multiplient, sous des prétextes fallacieux comme des clauses de contrats douteuses ou des soupçons de contamination invérifiables.

La vulnérabilité du système nippon

L'autre raison à cette hémorragie rapide de licenciements est le fonctionnement du marché du travail japonais. Jusque dans les années '90, le marché du travail nippon était très simple : le travail obtenu après les études se gardait à vie et l'entreprise s'occupait de presque tout pour vous : formation, assurance, retraite, vacances, etc.

Mais ce type d'emploi, dit “régulier”, est en effet en fort déclin ces dernières décennies.​ Au point qu'aujourd'hui, près de 40 % des salariés japonais occupent un emploi dit “non régulier”, c.a.d un CDD, un バ イト (baito/petit boulot - N.D.L.R), un temps partiel ou en faisant de l'intérim. Et parmi les étrangers, cette proportion de travailleurs précaires en CDD ou sous contrat à court terme est bien plus élevée.

Cet ancien système de l'emploi à vie permet de relativement protéger les salariés lors de crises de ce type. Mais les Japonais étant eux-mêmes de moins en moins nombreux à bénéficier de ces avantages, il est malheureusement logique que les étrangers se trouvent en première ligne lors des vagues de licenciements.

Un taux de chômage prévu pour doubler

Le taux de chômage, toujours très bas sur l'archipel a évidement augmenté depuis mars, à l'instar de 2

beaucoup d'autres pays. ​ Il est passé de 2.2 % de la population active en janvier à 2.5 % en mars/avril 2020, 3

soit une augmentation de plus de 20.000 demandeurs d'emploi.​ Pas aussi catastrophique comparé à d'autres pays, mais des prévisions le situent à 4.7 % en août 2020, un niveau inédit, qui n'avait plus été atteint de longue date.

L'économie du Japon, désormais entrée en récession et habituellement très dépendante du tourisme, est vouée au mieux, à stagner, sinon à péricliter pendant de long mois. Et avec une telle activité réduite, les travailleurs étrangers sont et seront bien plus affectés par la destruction d'emplois que leurs homologues nippons.

Les visas : Une épée de Damoclès pour les étrangers

Malheureusement au Japon, à moins d'être marié à un citoyen nippon, ​qui dit pas de travail, dit pas de visa de travail. Car pour rester vivre au Japon, il faut être en possession de l'un de ces précieux sésames. Et l'immigration japonaise rechigne souvent à donner des visas longue durée. La faute revient aux entreprises japonaises qui proposent beaucoup de contrats de travail courts aux travailleurs étrangers. Avoir recours aux contrats précaires ou aux contrats à durée déterminée favorise évidemment la précarité de ces travailleurs étrangers.

4 L'immigration japonaise, indulgente, a prolongé en mai 2020 de trois mois la date butoir pour le renouvellement des visas. Mais cette mesure était plutôt destinée à alléger la pression dans les bureaux des services d'immigration, pris d'assaut depuis le début de cette crise.

Le problème pour les étrangers au Japon lorsqu'ils se retrouvent sans emploi, c'est qu'​ils ont seulement six mois pour en retrouver un autre​, sous peine de se voir expulsé du pays. Il leur faut donc retrouver un emploi rapidement et ce dans un contexte de récession désormais.

Et comme personne ne peut encore vraiment prédire de manière précise comment l'économie nippone réagira sur le long terme face à cette crise, ni combien de temps il faudra pour revenir à la normale, cette situation va s'avérer problématique pour beaucoup. Nul ne sait quand et s’ils pourront tous récupérer leur travail.

On peut naturellement craindre une ​vague de retour d'expatriés comme après le tsunami de 2011. Beaucoup ne retourneront probablement pas sur l'archipel avant un certain temps afin d'éviter le chômage. Et une chose est sûre : les embauches ne reprendront pas à leur rythme habituel avant un certain temps.

Toutes les catégories d'étrangers sont touchées

Même ​les étudiants étrangers​, de plus en plus nombreux chaque année à venir faire des études de langue sur l'archipel ne sont pas non plus épargnés. La majorité d'entre eux dépend en effet de ces baitos pour subvenir à leurs besoins. Une année d'étude au Japon coûtant plusieurs milliers d'euros sans oublier les divers les frais de vie (logement, courses, transport, frais divers, etc.), beaucoup risquent de se retrouver sans ressources vu le nombre d'établissements et de restaurants qui ont dû fermer leurs portes.

De plus, le travail en restaurant ou bar étant normalement interdit pour les détenteurs de visas étudiants ou culturels, un pourcentage non négligeable d'entre eux travaillaient illégalement. Ces derniers sont d'autant plus vulnérables qu'ils ne peuvent en aucun cas avoir recours au système de protection de l'emploi et faire valoir leurs droits en tant que salariés.

Sans oublier que dès mars, le Japon a ​bloqué la délivrance de visas et a fortement limité l'entrée d'étrangers, de travailleurs et de touristes sur son sol. Il a ainsi laissé à la porte pour ​une durée indéterminée une main-d'œuvre dont il a pourtant désespérément besoin en temps normal.

\Combien d'étrangers finiront par rentrer chez eux ? Combien iront pointer à Hello Work, le pôle emploi japonais ? Le retour à l'emploi n'est pas certain pour tous et il est encore trop tôt pour dresser un tableau précis des conséquences de la pandémie de Covid-19 sur l'économie japonaise. Mais on peut déjà affirmer sans aucun doute que ​les principaux perdants​ du marché de l'emploi sont les travailleurs étrangers.

Sources:

  1. ​https://fr.wikipedia.org/wiki/Emploi_au_Japon ​
  2. https://www.stat.go.jp/english/data/roudou/results/month/index.html
  3. ​https://tradingeconomics.com/japan/unemployment-rate 4
  4. https://english.kyodonews.net/news/2020/04/504b65db2f19-foreigners-given-extra-3-months-to-renew-stay-du e-to-coronavirus.html