Comment le Japon gère t'il la crise du coronavirus ?

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L'heure n'est pas encore au bilan en ce qui concerne cette crise du nouveau coronavirus. On peut cependant déjà commencer à évaluer les conséquences de la gestion de chaque pays. Alors comment le Japon a-t-il géré la crise du coronavirus ?

Une impréparation surprenante

Le Japon nous a depuis toujours habitué à un certain professionnalisme dans la gestion de catastrophes naturelles, comme lors du tsunami de 2011 ou après chaque tremblement de terre d'envergure. Toujours bien préparé, l'archipel a invariablement su s'afficher comme un modèle à suivre et on aurait pu penser qu’une fois de plus, ce pays allait nous impressionner par sa préparation méticuleuse.

Au contraire, cette crise a plutôt révélé les faiblesses ​d'un modèle vieillissant, qui ne semble plus prêt à faire face aux imprévus, ô combien nombreux de ce 21e siècle.

Une prise de conscience tardive

Le symbole de cette prise de conscience tardive a été ​le report des JO.
Il aura fallu que certains pays comme le Canada, l’Australie, la Pologne ou encore la Norvège annoncent haut et fort leur intention de ne pas participer aux J.O en 2020 pour enfin déclencher une réaction de la part de Tokyo. Le Japon a tenté de différer cette difficile décision le plus longtemps possible, mais devant l'ampleur de la bérézina annoncée, a fini par céder le 24 mars. Presque comme par hasard, les jours qui ont suivi ont vu l'augmentation du nombre de cas de nouveau coronavirus. 

Le pays se pensait jusqu'à lors épargné. 
Il n'en sera rien. C'est incontestablement cet événement qui a marqué le début de la prise de conscience au sein de la population. Une fois les jeux reportés, rien ne faisait plus obstacle à l'entrée de plain-pied du pays dans la crise. Il a fallu tester plus.

Le report de ces J.O s'annonce d'ailleurs onéreux, mais il n'est rien comparé à leur suppression pure et simple. Leur annulation serait une catastrophe économique au coût exorbitant pour l'archipel qui comptait en profiter pour exhiber avec fierté au monde entier son talent d'organisateur.

Des mesures insuffisantes et complexes

Autant le confinement et maintenant le déconfinement soulèvent des problèmes délicats, généralement complexes à résoudre. Peu de pays peuvent se vanter de dire qu'ils auraient pu faire mieux que le Japon car le nombre de nations à avoir géré cette crise correctement se compte sur les doigts d'une main.

Mais la réponse apportée par Shinzo Abe et son gouvernement pour lutter contre le virus est tout de même très loin d'être à la hauteur de ce qu'espéraient les Japonais. Car plus que la presse internationale, ce sont bien eux qui ont été les premiers estomaqués de découvrir début avril la première mesure phare du gouvernement.

Sous le hashtag #アベノマスク (Abenomask - les masques de Abe - N.D.L.R), nombre d'entre eux se sont ouvertement moqués de cette mesure qui a consisté à envoyer ​deux masques par foyer. 

Eh oui, seulement deux, quel que soit le nombre de personnes dans le foyer... Une décision qui parait bien dérisoire face à une pandémie telle que celle du coronavirus.

Un semi-confinement à plusieurs vitesses

Est ensuite venu un semi-confinement désordonné qui a donc accompagné l'​état d'urgence décrété entre le 7 avril et le 7 mai 2020 puis par la suite prolongé dans la majorité des régions. Dans sa volonté de ne pas faire céder sa population à la panique, l'​exécutif nippon a semé la confusion.

Rien n'était clair dans la déclaration du premier ministre. La plupart des écoles et des lieux de rassemblements étant déjà fermées depuis fin février, il n'a fait qu'inciter ses citoyens à travailler depuis chez eux et les commerces jugés non-essentiels à fermer tout en respectant la distanciation physique s'ils devaient sortir. Le tout sans sanctions pour les réfractaires et sans pousser à plus de dépistage. Une affaire difficile au Japon ou le présentisme au travail est roi.

De plus, dans les villes, si la plupart des boutiques et restaurants ont bien fermé, beaucoup d'autres étaient encore ouverts en ne proposant pour toute protection que du gel ou de l'alcool pour les mains à l'entrée. Car beaucoup d'enseignes ont effectivement suivi les recommandations du gouvernement et ont simplement réduit leurs services tout en restant ouverts. L'adaptation a pris divers formes : Horaires plus courtes, arrêts de certains services ou encore passage en mode livraison.

Un confinement à la carte donc, interprété différemment ici et là qui a abouti à de nombreuses situations sans queue ni tête et simplement réduit le trafic humain sans réellement l'arrêter. Mieux que rien donc, mais tout de même insuffisant au vu de l'ampleur de l'actuelle pandémie.

Cas confirmés de COVID-19 au Japon (cumul)

Les aspects positifs

Parce qu'il n'y a bien sûr pas que des points négatifs. Le pays a par exemple commencé à s'isoler en fermant ses frontières dès la mi-mars. Les touristes internationaux, autrefois nombreux dans les grandes artères ont vite disparu. Jusqu'à atteindre un plus bas historique de 2900 visiteurs en Mars 2020. Certains japonais parlent déjà de Sakoku.

Cliquez ici pour en savoir plus sur le Sakoku.

Une autre proposition de loi, aussi retentissante qu'exceptionnelle a été d'annoncer en avril le versement de 100.000 yens à chaque citoyen pour les aider à surmonter leurs problèmes financiers. Fait rare, la disposition incluait également les étrangers résidant sur le territoire avec un visa. Une mesure généreuse donc, mais qui ne devrait pas suffire à éponger les pertes de nombreux salariés et la mise au chômage partiel ou complet de tant d'autres.

(Cf. source 1) Une autre mesure d'indemnisations vise à aider les petites entreprise en mettant à leur disposition 110 trillions de yens. Ces indemnités peuvent paraitre importantes, mais ne le sont finalement pas tant que ça et surtout elles arrivent probablement trop tard pour réparer les dommages causés.

Mais plus que dans ses instances politiques, la vraie force du Japon réside incontestablement dans ses habitants, très disciplinés et respectueux des lois. Entreprises et particuliers ont joué le jeu et se sont rapidement adaptés au mieux. Le テレワーク (travail à la maison N.D.L.R) a été suivi autant que possible, des mesures de distanciations sociales ont été mises en place et respectées partout dans le pays. Les rues se sont sensiblement vidées dès l'annonce de l'état d'urgence.

Conclusion

Le pays n'est évidemment pas le seul pays à avoir tenté de ​minimiser l'impact de cette pandémie. Difficile de le pointer du doigt pour cette raison car il est difficile de prévenir une épidémie. Cependant l'archipel, voisin de la Chine, accueille chaque année des millions de touristes de ce pays. Sans oublier ses nombreux résidents d'origine chinoise. Et le Japon a la population la plus âgée au monde. ​Cette épidémie aurait pu donc se révéler beaucoup plus grave qu'elle ne l'a été.

(Cf. source 2) Le fait que Tokyo, l'épicentre de l'épidémie de Covid-19 n'ait pas vu sa mortalité s'envoler en mars 2020 comparé aux années précédentes montre bien que l'épidémie n'a effectivement pas semé la désolation comme elle a pu le faire ailleurs. (Cf. source 3) Officiellement, le pays compte peu de décès, moins de mille fin mai 2020 et très peu de nouveaux cas.

Le Japon s'est donc réveillé tard, a pris une série de mesures aux résultats discutables pour contenir l'épidémie, mais il a surtout eu de la chance. Espérons pour lui, qu'il ait véritablement réussi à passer à travers les mailles du filet.

Sources :

  1.  https://japantoday.com/category/national/as-japan-slow-walks-stimulus-small-businesses-fear-collapse​
  2. https://toyokeizai.net/sp/visual/tko/covid19/en.html​ (lien pour suivre les statistiques au jour le jour)
  3. ​https://www.japantimes.co.jp/news/2020/05/12/national/tokyo-overall-mortality-data-shows-no-surge-deaths-p andemic/